Lettre aux militants

Cher(e) Camarade,

En 2012, j’avais annoncé que ce serait mon dernier mandat.

Aujourd’hui, je te confirme ma décision de ne pas me présenter aux élections législatives de 2017. Je ne serai donc plus ton député.

En prenant cette décision, j’ai pleinement conscience qu’une page de ma vie se tourne : je mets un terme à une aventure passionnante commencée il y a plus de 30 années. Malgré le déchirement sentimental et intellectuel que cela peut représenter pour moi, j’entends rester fidèle à l’engagement pris que j’assume pleinement pour deux raisons essentielles :

- Je considère qu’il faut à la fois limiter le cumul des mandats en nombre et dans le temps. La désaffection de la jeunesse, les critiques dont les Politiques sont l’objet, me renforcent dans la conviction initiale qui est la mienne : le cumul est à l’origine d’une grande partie des maux du monde politique.

- Le respect de la parole donnée fait également partie de la crédibilité du Politique. En 2012, j’avais également précisé que je renoncerai à faire acte de candidature aux élections départementales de 2015. Cet engagement, je l’ai tenu.

Savoir passer le témoin à d’autres est un acte fort. C’est aussi une preuve de confiance.


Ces générations nouvelles qui accèderont ainsi aux postes de responsabilité, dans la force de l’âge, exerceront leurs missions avec d’autant plus de force qu’ils sont préparés à l’action.

Il est donc temps de s’effacer au profit de jeunes dont on sait déjà qu’ils ont l’expérience et la compétence. Pourquoi leur barrer plus encore le chemin invoquant parfois des motifs qui sont justement ceux qui font qu’aujourd’hui la classe politique est critiquée (clientélisme, force de l’habitude, manque d’appétence, conformisme, absence de projets….).

De mon aventure politique, je veux retenir les belles choses.

- D’abord l’amitié : j’ai eu la chance de croiser la route de femmes et d’hommes extraordinaires. J’ai pu, à leurs côtés, mener des combats d’idées et de terrain. J’ai subi des défaites… obtenu des victoires… en un mot, rempli la mission qui était la mienne.
J’ai pu vivre des moments d’exception et je remercie celles et ceux nombreux avec qui j’ai partagé ces moments.

- Ensuite, il y a le réel, le concret : au cours de ces mandats, j’ai défendu de nombreux projets pour la circonscription et pour le Tarn.

D’abord, les plus emblématiques parce que les plus visibles : l’Université Champollion d’Albi, la mise en 2×2 voies de la RN 88, le renouvellement urbain des quartiers populaires, le projet autoroutier Castres Toulouse, l’aide aux entreprises du département.

Je ne peux oublier aussi le travail effectué auprès des Maires, des élus et bénévoles des 124 communes de la circonscription. Je ne peux les citer tous mais je sais que demain, prenant un chemin dans cette circonscription et croisant une réalisation à laquelle j’aurai modestement contribué, ou une connaissance que j’aurai essayé d’aider, je me dirai que j’aurai été utile… aux autres…

En un mot, c’est une grande satisfaction que d’avoir pu aider et servir.

- Reste l’idéal, la pensée, la force de l’engagement : défendre les valeurs de la République.

S’engager politiquement c’est vouloir défendre les valeurs républicaines. C’est défendre une laïcité sans concession parce que lucide sur les raisons et les conséquences du retour du fait religieux dans le débat public. J’ai toujours inscrit mon action politique dans cette volonté de dépasser ce qui nous divise et de rechercher ce qui nous unit.

Le combat pour la justice sociale est un long cheminement dont on ne voit jamais la fin, mais ce n’est pas pour autant que notre mobilisation doit faiblir.

Il m’est arrivé de regretter la tiédeur de notre Gouvernement sur certains choix essentiels, de critiquer l’absence de véritable politique sociale de cette mandature, de condamner le discours libéral notamment sur la réduction soi disant impérieuse de la dette publique.

Déçu, je l’ai été parfois, contrarié souvent, mais je suis resté fidèle jusqu’au bout à la Majorité Socialiste qui gouverne ce pays.

Fidèle, je le resterai pour les combats futurs :

- Ne jamais composer avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. Nous avons des responsabilités particulières héritées de l’Histoire de la France : face à la montée des extrémismes notamment religieux, la France doit défendre une stricte application du principe de laïcité.
- Continuer à croire à une Europe plus sociale, une Europe des peuples, qui seule nous permettra de faire face au bouleversement économique du monde. Une Europe puissante parce que politique, une Europe qui garantisse notre modèle social, une Europe qui privilégie enfin l’humain par rapport à l’économique et surtout par rapport au financier.
- Lutter sans cesse contre les inégalités, notre devoir est de nous opposer au libéralisme sans limite que souhaite imposer à nouveau la Droite. Lutter contre la finance reste aujourd’hui un vrai combat politique que nous avons jusqu’à ce jour hésité à mener. La seule lutte contre la fraude fiscale permettrait, on le sait maintenant, de rétablir les équilibres budgétaires.
- Continuer dans la voie fixée par le Gouvernement concernant la révolution écologique : si nous ne parvenons pas à concilier les besoins de croissance de l’humanité et la souffrance d’une planète à bout de souffle nous courons à la catastrophe. Il faut inventer une autre croissance avec nos centres de recherches, nos entreprises, notre agriculture. Nous avons tous les atouts pour relever ce défi majeur.

Avant de conclure, je formule le souhait ardent que la deuxième circonscription, celle de Jaurès, forte de tous les symboles qu’elle porte, reste socialiste. Il faudra la vigilance de tous pour assurer la victoire.

Dans ce contexte politique difficile, nous devons mesurer notre responsabilité lorsque nous aurons à choisir celle ou celui qui nous représentera lors de cette bataille. Cette responsabilité, ta responsabilité, c’est de choisir la ou le candidat qui sera en mesure de faire gagner la Gauche.

Quel profil pour celle ou celui qui devra nous conduire à la victoire : il ou elle doit d’abord être un socialiste sincère, garant du plus large rassemblement des forces de progrès. Il doit avoir la connaissance du terrain, l’expérience des combats électoraux. Il ou elle doit porter l’énergie du renouvellement en étant issu d’une nouvelle génération d’élus. Il doit habiter ce territoire.

Je suis convaincu que cette personne existe… Je sais aussi qu’elle est prête à mener ce combat.

En te remerciant encore pour le chemin parcouru ensemble, en comptant sur toi, pour les combats futurs, fidèle à notre idéal socialiste, républicain et laïque.

Avec toute mon amitié.